Benoîte Groult et Stéphane Hessel ont respectivement 91 et 93 ans. Ils ont connu tous les bouleversements du XXème siècle, les ont accompagnés, ont mené des combats pour la liberté, liberté des femmes pour Benoîte Groult, liberté des Français pendant la Seconde guerre mondiale puis inlassable défense des droits de l’homme pour Stéphane Hessel.
Confidences éclairées de ces deux personnalités exceptionnelles.
Stéphane Hessel

Né le 20 octobre 1917 à Berlin, d’Helen Grund et de Frantz Hessel. Sa mère, peintre et mélomane a inspiré le personnage féminin de Jules et Jim. Son père est celui qui a traduit en allemand A la recherche du temps perdu avec Walter Benjamin. En 1925 la famille immigre à Paris.
En 1937, Stéphane Hessel choisit d’être naturalisé français. Deux ans plus tard, il entre à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Quand la guerre éclate, il est mobilisé. Résistant de la première heure, il rallie Londres en mars 41, aux côtés du Général de Gaulle. Après plusieurs années en tant qu'agent de liaison, il est envoyé en mission en France en 1944. Arrêté par la Gestapo, il est déporté à Buchenwald. Le 4 avril 45, lors d'un transfert en train, il s'échappe et rejoint les lignes américaines.
Après la guerre, il devient ambassadeur de France à l'ONU, puis occupe divers postes de diplomate à travers le monde (Saïgon, Alger, Genève, New York, etc .) jusqu'en 1985.
Il participe en 1948 à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme.
Stéphane Hessel n’a jamais relâché son effort dans la défense des Droits de l’homme : de la condamnation des offensives israéliennes à la défense des sans logis …
Aujourd’hui encore, à 93 ans « et demi », il continue le combat et fait entendre sa voix. Dans
Indignez-vous (Editions Indigène), manifeste d'une trentaine de pages, il dénonce les écarts de richesses grandissants, la dictature des marchés financiers et invite le lecteur à s’indigner et à réagir. Avec son dernier livre,
Engagez vous (Editions de l’Aube), il lance un appel aux jeunes générations à se révolter et à s’engager, comme il l’a fait lui-même avec d’autres il y a plus de 60 ans…
Benoîte Groult

Née le 31 janvier 1920 à Paris, d’André Groult, décorateur et de Nicole Poiret, qui fonda vers 1920 sa propre maison de couture. Ses parents fréquentaient les peintres et les écrivains de l’époque, Picasso, Picabia, Jouhandeau, Paul Morand…On lui choisit Marie Laurencin comme marraine.
Diplômée de lettres, elle enseigne d'abord le français et le latin puis devient journaliste.
En 1945 elle épouse un étudiant en médecine, Pierre Heuyer, mort 6 mois plus tard. Mariée en 1946 à Georges de Caunes, dont elle aura deux filles, elle divorce en 1951, se remarie avec Paul Guimard et donne naissance à une troisième fille.
C'est en 1958 qu'elle publie son premier roman,
Journal à quatre mains, écrit avec sa sœur Flora. Suivent deux autres romans issus de leur collaboration,
Féminin Pluriel et
Il était une fois.
En 1972, elle publie seule
La Part des choses, puis
Ainsi soit-elle, essai sur le féminisme qui connaît un succès mondial. Suivent plusieurs romans,
Les Trois Quarts du temps,
Les Vaisseaux du cœur, des biographies de femmes féministes (Olympe de Gouges, Pauline Rolland), ainsi que des essais,
Le Féminisme au masculin,
Cette mâle assurance.
En 1978 elle fonde un mensuel féministe avec Claude Servan Schreiber
F Magazine, dont elle assure les éditoriaux.
Benoîte Groult s’engage dans les combats comme le droit à la jouissance pour les femmes, le droit à la contraception et à l’avortement. Elle est aussi l’une des premières à dénoncer l’excision.
Présidente de la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, elle est également membre du jury Femina depuis 1980.
En 2006 elle connait un succès phénoménal avec son livre
La touche étoile. Son dernier livre,
Mon évasion, publié en 2008, alors qu’elle a presque 90 ans, est une biographie.
Benoîte Groult n’a jamais cessé de défendre les droits des femmes, avec un mélange de conviction et d’humour.